Un Boitard en passant, expériment

Fabien Boitard, Vallée n°5, 2017, huile sur toile, 130 x 150 cm, Courtesy de l’artiste

Missive, enveloppe, envoyer, aller vers, tendre à, regarder, recevoir → épistoler, épistolaire, rebrousser chemin, format postal, destinataire, habiter, post restant → Boitard goûte le format, comme si on envoyait un tableau par La Poste (la mâle poste), emballé c’est pesé, mais paysage déballé ici, déballant. La peinture cherche toujours → La peinture à tête pensante, j’entends ↵

Ici, paysage à première vue distinct du reste, comme incrusté, passageant, partir en pont. Et dessous : taches bleues → Quésaco ? (1730 ; provencal: aco, du lat. hoc = ceci) → peinture d’hoc (appartenant à un lieu, et langue ?) → ici les trois gouttes de peinture bleue, deux rondes l’une langue « cause toujours, je peins » → chez Boitard peinture bleue empâtée = “ramener au plan” comme il dit → l’œil s’aligne sur la langue bleue, pause, puis repart dans le ciel, tourmenté → descente de ciel, tout schüss au revoir l’Empyrée → il est bien sale ce ciel → sale ciel → ciel sale → mais ciel quand même (il n’en est plus qu’un)  ↵

Paysage déballé déballant (re) → on reconnaît, “à la” dépiction : fleuve, verdure, salade, et pont. → le reste → Des espèces de… tentacules paysagères, gauche/droite, cessant sous le rabat de l’enveloppe → paysage plié (on y revient). ↵

Fabien Boitard, Vallée n°5, (détail)

On n’y comprend rien ∨ tentacules = version précieuse (un peu, baroque ?) du coup de pinceau signalent justement un Premier temps du tableau → entendez : avant il y eut ceci, hoc, le lieu (entendez aussi comme lieu du peintre → son actif corps) le z’aco, le fouillis de l’acte, qui, à un moment, s’actualise : alors, à ce moment, et à côté, au milieu, Boitard formalise… (à regret ?) ↵

Regardez le détail ci-dessus → j’aime cette énergie des pointes → comme vagues contradictoires : en plein paysage. Ça fouette et, encore une fois, le Ciel vient calmer l’ardeur (le Ciel, c’est le mythe, toujours en action) → Les fourches, les pointes → un clin d’œil au Classicisme → et les trois stickers bleus (dont un fondant), le Moderne, ou Contemporain : car, aucun référent moutonnier → Boitard ⇔ Postmoderne ? ↵

Fabien Boitard, Vallée n°5, (détail)

One more time : Quésaco ? → Ces traits, coups, brossages, signifient le végétal, la faune, la flore, les amis sauvages, juste avant la barre, le pont, la civilisation, la pierre → trop simple ? On se demande (?) : Pourquoi toujours interroger ce qui est fait artistiquement ? →  Parce qu’il “faut” //  interroger la peinture // C’est bien ce qu’attend l’artiste non ? Sinon il dit : “j’avais envie de faire ça”… Mais ce genre là, c’est trop infantile → nous sommes chez les adultes → mais je dis, quand même, c’est risqué, ces coups de pinceau, ça peut prêter à confusion → [Quidam] : Pourquoi fait-il cela ? Réponse [autre quidam] : Pour faire penser à, et pour faire réfléchir. → c’est vrai que c’est risqué, parce que → on pourrait se dire qu’il (le peintre) fait cela par paresse, qu’il en a marre, on passe à autre chose. Non → c’est pas ça ← Possible hypothèse mais bad answer → Boitard ne peint pas pour faire déco, joli ; il peint souvent, toujours ou presque, en prenant des risques, sinon ce n’est pas amusant (là où tant d’autres se contentent du “joli”, quand ils y parviennent… et basta !) → Ici, oui, il fait réfléchir à ce qu’il fait, a fait, et laisse le spectateur juger par lui-même ; genre : t’acceptes ou pas ? Eh oui !, le peintre vous laisse flotter dans le doute (c’est quoi ces traits ?), il vous le demande directement ⇒ Boitard peintre courageux /// Reste : un tableau, qui, encore une fois, se regarde en plusieurs temps (je ne parle pas du temps de la contemplation, ce temps est terminé, non ; je parle, on l’a compris, du temps comme matériau investi avant, pendant, et après → temps, pour ainsi dire — sans blasphème —, incarné → “Claro” ? → mon premier article titrait sur le cognitif → ce n’était pas pour rien → Boitard est un peintre qui joue sur le cognitif et le métacognitif → à savoir : reconnaître d’“instinct”, ou, si vous préférez, par habitude : 1) je reconnais la dépiction de végétation, et 2) je me demande pourquoi c’est peint comme cela, je ne me contente pas du donné. Il y a ce double-processus chez Boitard, là où, encore, beaucoup s’arrêtent au cognitif : “je connais que c’est plaisant… joli”, etc. ↵↵

Fabien Boitard, Vallée n°5, (détail)

Il y a — aussi — une dynamique chez Boitard, comme ci-dessus ↑ voyez cette espèce d’ovale mis-tentacule mi ciel-on-ne-sait-quoi agacé, la pince mauve, comme en lutte avec son doppelgänger naturel, plus pour longtemps → mais maintenant que je viens d’écrire ce mot, je me dis : « bien sûr, les tentacules déjà sont dynamiques ! » → On pourrait aussi penser à un truc catastrophique : genre, justement, un monstre se jette sur le gentil paysage et va tout dévaster. ↵

Il faut aussi, bien entendu, insister sur la chromie → très osée, très exaltée : ces violets profonds, ce vert astucieux, éclaboussé de noir et strié, ces bleus dramatiques → les tentacules au rabat du ciel s’opposent à l’écrin bucolique et paisible. Et tout ça sur une enveloppe ? L’enveloppe sert à Boitard parce qu’elle possède un rabat, à l’ancienne (Flash back : « le rabat permet la perspective. Il permet aussi de faire de cet objet un message.» (voir le premier entretien, en hyperlien, ci-dessous, et que j’invite le lecteur à lire juste après la lecture de celui-ci) ↵↵↵

 

Enveloppe fendue portrait de femme // depuis le début ?

Fabien Boitard, Vallée n°5, (détail)

 

En vous remerciant,

Léon Mychkine

 

 

En magasin :

L’entre-prise de Fabien Boitard. Une approche cognitive et esthétique

Entretien

Trois “Grimaces” de Fabien Boitard

Entretien avec Fabien Boitard, à la Galerie Tokonoma

À partir de Fabien Boitard. Entre “faire” et “dire”

Un tableau de Fabien Boitard