On connaît, enfin si vous avez lu Nelson Goodman
Un objet se ressemble à lui-même au maximum, mais il se représente rarement lui-même ; la ressemblance, contrairement à la représentation, est réflexive. Encore une fois, contrairement à la représentation, la ressemblance est symétrique : B ressemble autant à A que A ressemble à B, mais si un tableau peut représenter le duc de Wellington, le duc ne représente pas le tableau. De plus, dans de nombreux cas, aucun des deux objets d’une paire très similaire ne représente l’autre : aucune des voitures sortant d’une chaîne de montage n’est l’image d’une autre, et un homme n’est généralement pas la représentation d’un autre homme, même s’il s’agit de son frère jumeau. Il est clair que la ressemblance, quel que soit son degré, n’est pas une condition suffisante pour la représentation. [Nelson Goodman, Languages of Art. An Approach to a Theory of Symbols, The Bobbs-Merrill Company, Indianapolis, New York, 1968, traduit en français…]
Goodman, bis repetita : mais si un tableau peut représenter le duc de Wellington… Bien, allons droit aux buts :

Il paraît que le Duc fut mécontent du tableau de Goya. Mais ce ne furent pas les peintures, dessins et autres gravures qui manquèrent pour célébrer ses succès. Maintenant, imaginez-vous à la place du Duc, regardant, de loin, le rendu, et, se rapprochant… Le Duc connaît-il la peinture ? Connaît-il la peinture de Goya ? Probablement pas. Qu’a-t-il bien pu se dire ? « Non mais, qu’est-ce que c’est que cette pupille ? Qu’est-ce que cet iris ?

Et la bouche !

On dirait que j’ai du rouge à lèvres ! Et tout ce verdâtre autour… Comme si j’étais en train de me décomposer !»

Nelson Goodman se trouve en présence du Duc de Wellington. Il dit :
Monsieur le Duc, ce tableau vous représente avec toutes vos médailles, même celles que vous n’aviez pas encore au moment où Goya vous a peint, et qu’il a ajouté au fil du temps. Qu’en pensez-vous ?
Wellington : Ce tableau ne me représente pas !
Goodman lui sort sa science : Un objet se ressemble au plus haut point, mais se représente rarement lui-même ; la ressemblance, contrairement à la représentation, est réflexive. De même, contrairement à la représentation, la ressemblance est symétrique : B ressemble autant à A que A ressemble à B, mais si un tableau peut représenter le duc de Wellington, le duc ne représente pas le tableau. Un objet lui ressemble au plus haut point, mais se représente rarement lui-même ; la ressemblance, contrairement à la représentation, est réflexive. De même, contrairement à la représentation, la ressemblance est symétrique : B ressemble autant à A que A ressemble à B, mais si un tableau peut représenter le duc de Wellington, le duc ne représente pas le tableau.
W : Nous ne sommes pas d’accord, Monsieur Goodman, je ne représente pas ce tableau pas plus qu’il ne me représente. Pour que ce tableau me représente il eut fallu qu’il me ressemblât. Or tel n’est pas le cas.
G : Mais vous n’avez pas si tort, Monsieur le Duc, le système de représentation, c’est simplement le système habituel. En bref, la représentation réaliste ne repose ni sur l’imitation, ni sur l’illusion, ni sur l’information, mais sur l’inculcation.
W : Mais que voulez-vous dire par « réalisme ?»
G : Le réalisme est relatif et dépend du système de représentation en vigueur dans une culture ou pour une personne donnée à une époque donnée. Les systèmes plus récents, plus anciens ou étrangers sont considérés comme artificiels ou peu maîtrisés. Pour un Égyptien de la Ve dynastie, la manière directe de représenter quelque chose diffère de celle d’un Japonais du XVIIIe siècle.
W : Oui, j’en conviens. Pourtant, Monsieur Goya et moi-même vivons dans la même époque, et pensez-vous qu’il trouve mon portrait “réaliste” ?
G : Je le suppose.
W : Mais enfin, regardez ces yeux ! Cette bouche ! Ce front ! Cette carnation…
G : Je comprends ce que vous voulez dire, mais dites-vous bien, ou, si vous préférez, admettez qu’une image ne se contente jamais de représenter x, mais représente x comme un homme, ou x comme une montagne, ou encore le fait que x est un melon.
W : Oui, c’est bien cela. Tout est dans le « comme » !
Wellesley se retrouva à attendre dans l’antichambre de Castlereagh avec un petit officier de marine qu’il reconnut immédiatement comme étant Nelson, « à sa ressemblance avec ses portraits et à l’absence d’un bras ». L’amiral ignorait tout du jeune général et « engagea la conversation avec moi, si l’on peut appeler cela une conversation, car elle était presque entièrement de son côté, entièrement centrée sur lui-même, et, vraiment, dans un style si vaniteux et ridicule qu’il me surprit et me dégoûta presque ». Nelson quitta la pièce et revint quelques minutes plus tard, ayant découvert qui était Wellesley. C’était un homme transformé, et il parla :
Il possédait un bon sens et une connaissance des sujets nationaux et internationaux qui me surprirent tout autant, et plus agréablement encore, que la première partie de notre entretien ; en fait, il parlait comme un officier et un homme d’État… Je ne crois pas avoir jamais eu de conversation plus intéressante.
Il confia plus tard : « Si le secrétaire d’État avait été ponctuel et avait admis Lord Nelson dans le premier quart d’heure, j’aurais eu la même impression d’un caractère léger et futile que d’autres… » Nelson partit le lendemain pour rejoindre le HMS Victory et embarqua pour la bataille de Trafalgar. Les deux hommes ne se revirent jamais. […] Wellington souhaitait rester à Walmer, dans le cimetière non loin du château, car il avait souvent dit à George Gleig : « Là où tombe l’arbre, qu’il y reste. » Mais il était devenu une partie trop importante de la nation pour qu’on lui permît de reposer en paix, et il devait être enterré, avec Nelson, dans la cathédrale Saint-Paul. [Richard Holmes, Wellington : The Iron Duke, Harper Press, 2007]

