Cul est-il ?

Dans ma boîte aux lettres, une femme nue.

Un dépliant en accordéon, montrant une femme penchée, espionnant un cygne. Il s’agit d’une invitation à l’exposition du photographe Boris Mikhaïlov, à la galerie Suzanne Tarasieve. Cette femme n’a pas un corps anodin, sa taille fine fait ressortir les plus belles fesses que l’on puisse voir. Pourquoi, lorsque, déjà dotée d’un fessier convenable, les fesses d’une femme augmentent tellement de volume ? Chacun ou chacune ne se lassera jamais de ce mystère autant anatomique que merveilleux. La flexion des hanches est le fruit magnifique d’une association parfaite entre les muscles psoas, illiaque, droit antérieur, tenseur du fascia lata, petit fessier, moyen fessier, couturier, petit et moyen adducteurs, pectiné, et droit interne. Un poème…

Cette femme nue, ce cygne… On pense tout de suite au mythe de Léda et le cygne. Le merveilleux conteur que fut Robert Graves nous apprend, ou nous rappelle, c’est au choix, que Léda était aussi le nom de Némésis; mais pas la Némésis-déesse de la vengeance, mais une autre Némésis, tout simplement. Cette femme dotée d’un corps admirable nous est offerte en image par Mikhaïlov, photographe :

« Selon certains, Zeus s’éprit de Némésis et la poursuivit sur la terre et dans la mer. Bien qu’elle prît mille formes, il finit par la violer en se changeant en cygne et de l’œuf qu’elle pondit naquit Hélène qui fut cause de la guerre de Troie » (Graves). Sauf qu’ici, chez Mikhaïlov, Léda cherche le cygne, qui lui, s’en bat les ailes. La femme à l’admirable cul veut séduire le cygne, au point d’imiter (mimesis) des postures anseriformes. Mais y parviendra-t-elle ? Et pourquoi une femme voudrait-elle séduire un cygne ? Là n’est pas la question, puisque Léda n’est peut-être pas même une femme. En effet, n’avons-nous pas affaire à l’une des transformations de Némésis ? Autrement dit, cette femme est-elle une femme ?

Avec cette série de photographies, Mikhaïlov nous confirme ce que nous savions depuis longtemps; il est des postérieurs qui indiquent le signe de la forme dans la chair — comme la Vénus callipyge, les femmes stéatopyges, et celle de Mikhaïlov —, forme, qui nous convie, à rien d’autre, qu’à, la contemplation.

 

Boris Mikhaïlov, FotoZeit Salzau, 1996 – Soviet Collective Portrait, 2011 – When My Mama Was Young, 2012–2013, Galerie Suzanne Tarasieve, Paris (Photo montage Mychkine)

 

Source : Robert Graves, Les Mythes Grecs, Fayard, 1967

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