Éloge esthétique du film d’horreur (#1)

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À tout saigneur tout honneur, mon premier choc, c’est, au cinéma Le Royal, à Orléans, “Amityville”. J’ai 12 ans. Avec mes meilleurs copains, nous sommes au premier rang. Nous sommes de plus en plus scotchés. Nous sortons et, dans les vitrines, lisons des coupures de presse relatant que tout cela est vrai ! Je rentre chez moi, où je me retrouve seul, ma mère étant au boulot, jusqu’à 22h. Je vérifie cinquante fois portes et fenêtres. J’ai la trouille. Pour ce qui est de l’esthétique, je me souviens de la spectaculaire scène des mouches dans la chambre, du capot qui se relève sur la voiture, du mur de sang, de la figure du diable à la fenêtre, de quelque chose de terrible dans l’église… Vérifions, quelques décennies plus tard, l’impact iconographique. Je vais insérer ici des images dont je me souviens. La première a à voir avec les mouches. La famille Lutz vient d’acquérir une maison au lourd passé. Le deuxième jour de l’acquisition, le Père Delaney vient pour bénir chaque pièce. Mais à peine a-t-il commencé dans une chambre, que des mouches se mettent assez rapidement à pulluler, entrant peu à peu dans la pièce, et lui recouvrant sommairement la tête. La porte se referme en claquant, la croix sur le mur s’inverse, le prêtre se sent mal. Puis, la porte rouvre, et on entend une voix dire très fort: “Get out!” Le prêtre ne se fait pas prier. Il déguerpit, seul témoin de la scène car la petite famille est parti essayer le nouveau bateau…

Deuxième souvenir : le capot s’ouvrant. Depuis sa visite, la santé du Père Delaney décline, et un stigmate purulent s’est incrusté dans sa paume droite depuis qu’il a tenté d’appeler au téléphone la maison des Lutz, dont la ligne est toujours en friture ou injoignable. Il décide, avec le Père Bolen, de retourner à Amityville, afin d’informer la jeune mère, qu’il connaît personnellement, Kathy Lutz, des événements qui ont eu lieu. Mais, en route, voici soudain que la direction se bloque, et que le capot s’ouvre et masque la vue. Les deux compères terminent sur un terre-plain encastré dans un panneau, sans dommage corporel. Mais on sent bien que les “forces obscures” sises en la maison ne veulent pas de ces hommes de Dieu.

Troisième souvenir : Amy, la seule fille sur trois enfants, s’est fait une nouvelle amie, invisible, qui vient discuter avec elle. On n’entend jamais sa voix, seule la chaise à bascule dans laquelle Jody est assise, remue. Un jour Kathy monte voir si tout va bien et lui demande pour qui elle chante la cette chanson ?: Amy: Jesus loves me, this I know / For the bible tells me so / Little ones to him belong / They are weak but he is strong / Yes, Jesus loves me / Yes, Jesus loves me / Yes, Jesus loves me / The bible…

Kathy Lutz: Who are you singin’ to, princess?

Amy: You scared Jody.

Kathy: Jody? There’s no one here, see?

Amy: You scared her. She went out the window.

Jody: She went out the window? Well, I’d better check and make sure she’s not still there, huh?

la gamine répond : À Jody, mais qu’elle vient de lui faire peur et qu’elle s’est enfuie pas la fenêtre, vers laquelle Kathy se dirige ; et voici ce qu’elle y voit :

Kathy recule de frayeur, et nous sommes horrifiés. Ces deux points lumineux rouge/orange dans la nuit sont terrorisants. En 2022, un film d’horreur qui montrerait deux “yeux”, à ce qu’il semble, dans la nuit, ça peut encore se faire, mais l’effet est très sûrement amoindri, tandis que là, en 1979, dans une salle obscure, l’effet est totalement glaçant. Comme quoi, parfois, voire souvent, dans les films, d’horreur, les petits effets produisent de grands résultats (pensons à la porte qui, toujours, met du temps à s’ouvrir, un grand classique ; celle du frigidaire qui se referme, ouvrant le champ…; ou encore le visage dans le miroir de la salle de bain, se baissant, se relevant, et…)

Quatrième souvenir : Le Père Delaney est dans son église, il prie pour les âmes. Plus il prêche, et plus un moulage se dégrade. Le Père élève la voix, et se met à brailler de plus en plus ; et perd la vue.

Cinquième souvenir : Depuis qu’ils sont dans leur nouvelle maison, le chien vient souvent dans la cave, gratter et glapir au bas d’un mur. Peu après, un couple, ami de la famille vient les visiter. La femme du couple a de mauvaises vibrations, et remonte dans la voiture, refusant de pénétrer dans la maison. Ils reviennent deux jours plus tard. Cette fois-ci, la jeune femme est comme téléguidée directement dans la cave, et, comme prise par une force surnaturelle, se met à dire qu’il y a “quelque chose” derrière ce mur. La voici qui prend une pioche et se mettant à taper follement dans le mur. George Lutz, entendant le potin, descend, assez contrarié sur ces entrefaites, mais, tout à coup, intrigué, en voyant ceci :

Il y a comme du sang derrière le mur ! Le voilà s’emparant de la pioche et le tapant avec rage. Et, une fois quelques briques ôtées, apparaît un mur badigeonné de sang, dans lequel, tout à coup, comme s’y reflétant, émerge son propre visage !

L’état mental de George, qui était tout de même de plus en plus inquiétant, surtout quand, avec des yeux de maniaque, il fendait son bois comme s’il abattait des victimes, va s’aggraver, et bientôt, la petite famille va vivre un ultime cauchemar…

 

Léon Mychkine

 

 


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