Jérémy Berton et Julien Brunet au POCTB

Première partie. Berton

Du 19 octobre au 19 novembre dernier, le POCTB a reçu deux expositions, l’une, au rez-de-chaussée, de Jérémy Berton ; l’autre, au sous-sol dans (l’espace projet et, pour la première fois, dans la toute nouvelle salle audiovisuelle), de Julien Brunet. 
 
 Jérémy Berton, voiles, plâtre (photo Mychkine)
 
Jérémy Berton : je suis Jérémy Berton, artiste, sculpteur, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris (en 2010). Je travaille en Seine-Saint-Denis, j’ai un atelier à Pantin. Et je présente ma troisième exposition personnelle, au POCTB, avec qui j’avais déjà travaillé au mois de janvier (La borne). Donc là c’est le cadeau que me fait le POCTB, c’est de m’inviter dans leur nouvel espace, qui est superbe, qui a un volume parfait, d’une part parce qu’on a 80m2, c’est juste ce qu’il faut pour faire une exposition conséquente, et en même temps c’est un volume qui permet de faire des choses qui tiennent sans que l’on se perde non plus dans l’espace, qu’on ait très peur du vide, donc c’est une très belle expérience.
Léon Mychkine : Donc là, apparemment, ton œuvre, quand on ne la connaît pas, ce qui est mon cas, je l’avoue, on a l’impression que tu travailles beaucoup la matière, le plâtre, et la couleur blanche.
B : Oui pour cette exposition là. C’était pas le cas de ma première exposition personnelle, mais les deux dernières. En fait j’ai vraiment montré des ensembles cohérents, mais qui n’ont rien à voir, puisque la dernière c’était une exposition à Pantin, intitulée Pneuma, qui était au contraire très colorée, saturée de couleurs. Donc en fait le blanc, je dirais, il se prête à cet univers là, spécifique, et effectivement j’ai beaucoup travaillé avec le plâtre, au départ pour des raisons plutôt économiques, puisque c’est un matériau peu cher, modeste, facile à travailler, et là, pour l’exposition Héroïque fantaisie au POCTB, c’est vraiment un ensemble cohérent, que j’ai démarré en résidence, et elles ont toutes un peu le même thème, dans un rapport au drapé, à la lingerie, en même temps à l’univers domestique ; c’est un univers que j’ai appelé “proto-médiéval”, puisqu’il y a un peu cette idée médiévalisante — enfin c’est ce que je me raconte, en tout cas : il y a des banderoles, des phylactères, il y a des espèces de drapé stylisé, géométrisés… Donc effectivement là c’est très blanc, mais c’est propre à cette série là. Les premières je les ai commencées, pas forcément finies, en 2013. Le point de départ, c’était une résidence, en Normandie, dans un manoir, donc une ambiance, une atmosphère historique, et il y a avait, sur place, des motifs à plis de serviette, qui représentent une espèce de banderole, et j’avais été un peu fasciné par ça parce que c’est vraiment de l’ordre du dessin, et en même temps c’est un dessin qui supposait un volume, et en même temps le pli de serviette qui était un support, entre le drapeau, la bannière, la banderole, le support pour le texte, et ça m’avait fait penser aux phylactères de la peinture flamande, peinture chrétienne même, qui flotte dans l’espace de la peinture, et j’avais trouvé que c’était un sujet, un objet de sculpture potentiel intéressant. Et ça a été le point de départ. Et ça a évolué comme ça petit à petit vers des objets plus domestiques. Donc le plâtre s’est bien prêté à ça, parce qu’il a déjà cette blancheur, qui lui donne un côté un peu comique, finalement… il faut regarder les pièces individuellement pour pouvoir en parler.
 
Jérémy Berton, pique-nique (crédit photo POCTB)
 Jérémy Berton,  le Sopalin, plâtre (photo Mychkine)
  Jérémy Berton, banderole  serviette, plâtre (photo Mychkine)
 
B : Le parasol, le rouleau de Sopalin, la banderole serviette sur le côté, c’est exactement ça que j’ai cherché à faire, c’est-à-dire à détourner finalement le phylactère qui devient juste une serviette, la banderole-drapeau qui devient une espèce de rouleau de Sopalin, et en même temps rouleau de papier-toilette agrandi. L’espèce de parasol replié qui en même temps fait un peu fusée, comme ça, très pointu. Cet ensemble-là je l’ai appelé Pique-nique. C’est une espèce de déballage, avec quelque chose de très trivial, et en même temps c’est une manière de faire les choses qui s’inspire bien sûr du dessin et de la bande dessinée ; c’est un peu cet univers là que j’ai tenté de dessiner, de développer ; et le plâtre, forcément, c’est un matériau dense, dur, donc ça allait a contrario du sujet, puisque ce que je représente, c’est, au contraire, censé être léger, c’est de la lingerie. Donc c’était ça qui m’intéressait…
M : Donc il y a aussi un côté du coup comique…
B : Bien sûr, totalement. Tout est à prendre sur le ton de l’ironie, si on regarde de manière très sérieuse on s’ennuie
M : C’est humoristique, principalement
B : Je cherche pas forcément à faire éclater de rire, mais ce qui m’intéresse c’est cette espèce de poésie comme ça. Le titre c’est Héroïque fantaisie, héroïque fantaisie, c’est le genre un peu proto-médiéval, c’est francisé, ça crée une espèce de décalage dans le langage, et cet héroïsme, en fait, c’est la beauté d’un balai qui porte sa serpillière comme une banderole, en même temps ça devient un personnage, donc ce balai s’appelle ‘mop’.
 
Jérémy Berton, Mop, plâtre, bois (photo Mychkine)
 
‘Mop’, ça veut dire serpillière en Anglais. Il a une espèce de base surdimensionnée, le manche est d’origine, et on a cette banderole qui pend par dessus, qui fait comme une chevelure, ou sorte de perruque. Et tout d’un coup le balai devient comme un personnage. Il y a toujours ce rapport à la sculpture quand je fais des choses, il y a un clin d’oeil tout le temps à l’histoire de la culture, aussi.
M : Ah oui ? En l’occurrence … ?
B : En l’occurrence, là c’est plutôt l’idée de la forme très verticale, mais si on prend les pièces du fond, là-bas, qui sont une série de six pièces murales, très géométriques, qui reprennent là-aussi l’idée du drapé, c’est vraiment comme une série de torchons accrochés au mur. J’en ai présenté cinq sur ce mur et j’en ai isolé une sur l’autre là-bas. Elles ont toutes une forme différente, basée sur le même principe, pour moi c’était un clin d’oeil à l’art minimal et à un art plus ornemental, c’est une manière d’aller plus du côté d’une abstraction, tout en ayant comme point de départ l’univers domestique (des torchons) et en inventant un principe de réalisation de la forme, puisque c’est toujours du plâtre, mais ce sont des profils, des arrêtes qui déterminent les plis, c’était une manière d’inventer un excercice formel basé sur une déclinaison, une variation, et je m’amusais à essayer de trouver chaque fois une manière diférente créer une forme à la fois très massive, parce qu’elles sont pleines, pour représenter quelque chose qui est censé être léger puisque c’est le pli, en même temps c’est l’exercice classique du drapé, et en même temps c’est totalement abstrait. […] Souvent j’ai un point de départ, là en l’occurrence c’était cette idée du phylactère et en même temps de la lingerie, et en même temps il y avait ce balais dans l’atelier, et ce tréteau, c’est une pièce qui s’appelle « set », comme un set de table, ou ‘set’ en Anglais ça veut dire le décor, et j’ai habillé le tréteau comme d’une nappe, finalement, une espèce de version réduite d’une table, qui a forcément produit un effet comique puisque la table, a priori, est quand même plutôt grande, et on a quelque chose de très mince, de très fin, et en même temps le linge est très dessiné, et il y a une série de plis très réguliers, donc on a une version comme ça réduite, comme une métonymie, une partie qui évoque un tout qui n’est pas là. Donc c’est un peu ça l’effet comique que j’essaie d’avoir, c’est quelque chose à la fois de drôle sans non plus être quelque chose qui fait mourir de rire, et en même temps avec une volonté formelle comme ça, d’avoir un fini propre, des arrêtes très tirées, très tendues, c’est là que le matériau plâtre en fait se justifie, et par sa blancheur, et en même temps par une espèce d’impureté, par rapport aux couches qui se rajoutent au fur et à mesure pour monter les formes.
 
Jérémy Berton, tréteau, plâtre, bois
 
M : Il nous reste à parler de celle-ci
B : Oui, qui est la dernière, c’est la plus récente, de 2017, elle vient tout juste de sortir de l’atelier, c’est la première fois que je la vois. C’est un peu un point de conclusion. Ça se présente sous la forme d’une copie d’un étendoir à linge, en acier forgé, que j’ai refait, j’ai modifié un peu les proportions pour faire quelque chose d’un peu plus massif, et par dessus on a ce qui s’apparente à un drap posé dessus en train de sécher, et à la surface il y a des séries de plis qui varient. C’était une manière de conclure la série des pièces murales. C’est un ensemble pour moi qui est une espèce d’aventure autour de cette idée de blancheur, toujours à prendre au second degré, c’est la pureté, et c’est une fausse idée de la pureté.
Jérémy Berton, étendoir plâtre, fer forgé
 
M : Oui, ce n’est pas toujours complètement blanc non plus, il y a un peu de jaune, il y a un peu de nuances
B : Oui, c’est vivant, et puis c’est pas un fini “Pop”, je ne cherche à avoir quelque chose d’absolument parfait, mais c’est vraiment à prendre sur le sens second degré, ironie […] Il y a deux pièces dans la vitrine aussi, qui font un peu une ouverture, une échappée. C’est une série que je démarre, ce sont des pièces colorées, c’est différent. Elles sont assez picturales en fait. Il s’agit de deux ellipses en résine acrylique teintée, à la surface desquelles il y a une sérigraphie, qui font une sorte de dégradé de couleur, puisqu’il y a des trames blanches, placées à 45°, et qui donnent l’impression d’une espèce de voile, et j’ai appelé ces deux pièces miroirs miroirs. Et pour moi c’est le départ d’une série, qui traitera du miroir ; c’est la surface ouverte vers un ailleurs. Et le point de départ de ça, c’est quand on tape ‘miroir’ dans la barre de recherche sur Google, on ne tombe que sur des dégradés, parce qu’on ne peut pas photographier un miroir, par définition. On peut le photographier, mais ce qu’on va voir, c’est le reflet de ce qu’il y a dedans. Du coup les graphistes remplacent l’intérieur du miroir par un dégradé Photoshop, gris généralement, et j’ai trouvé ça amusant parce que ça reprenait les pièces du Pop art, Lichtenstein notamment, qui a aussi fait toute une série de miroirs, qui sont des peintures ovales dans lesquels il y a des reflets inspirés de la bande dessinée. Et donc je voulais les disposer comme ça, comme deux pièces colorées, qui font un peu comme des bijoux, oui un peu comme deux fantaisies, c’est un peu la fantaisie de l’expo.

Proto-exégèse

J’écris, dans ma ‘bio express’, que les artistes se “racontent” des choses, ils fictionnalisent. J. Berton le dit explicitement, ce qui est un aveu rare de la part d’un artiste (dans l’entretien, ce prélèvement :  « …enfin c’est ce que je me raconte, en tout cas »). Un écrivain n’a aucun mal à dire qu’il invente des personnages, des situations, une histoire ; mais chez les artistes, cette propension à fictionnaliser au moins égale n’est que rarement reconnue, tandis qu’elle est évidente. C’est très intéressant, parce que cela démontre, de fait, une distance entre l’artiste et son oeuvre. C’est déjà un premier point notable. Ainsi, d’emblée, Berton nous dit-il qu’il voit l’“univers” déployé dans la salle principale du POCTB comme “proto-médiéval”. Face à ce type d’indication, on peut se dire “soit, d’accord”, ou bien “de quoi s’agit-il ?”. On peut aussi se dire “que veut-il dire ?” Quel est, où est le rapport ? Qui y a-t-il de proto-médiéval là-dedans ? Le lien, semble-t-il, ce sont les phylactères, et les drapés, motifs historiques dans l’histoire de la peinture. “Proto” signifiant au début, antérieur, qu’ont donc de médiévales les pièces de Berton ? Suivons le fil d’une fiction possible : Les phylactères, les banderoles, les plis ont été “parachutés” à travers un tamis historique depuis le Moyen-Âge et, afin qu’ils restent en l’état, tous ces objets ont été transformés en plâtre. Pourquoi pas ? Mais y avait-il des parasols au Moyen-Âge ? Non, mais ces objets se retrouvent, justement, dans un environnement contemporain et utilitaire (parasol, balais, étendoir), eux aussi figés dans le temps, emplâtrés qu’ils sont. Pris d’un autre point de vue fictionnel, on a l’impression d’être entré dans des cases de bande-dessinée, et c’est donc pour cela que tout est faux, le Sopalin, le parasol, les voiles… Mais la fiction est au carré, car tous les objets sont blancs (excepté la table de pique-nique et l’étendoir). Berton nous dit qu’il y a une part d’ironie, d’humour, dans ses pièces. On le comprend. Les objets, reconnaissables parce que familiers, ne sont pas faits d’une matière qui leur va ; un parasol en plâtre, c’est inutile… L’effet comique est plus accentué dans certaines pièces — l’étendoir à linge — tandis que les voiles au mur sont plus énigmatiques. Mais ce qui unit toutes ces pièces c’est assurément leur blancheur, à première vue, car il y a des marques, des traces blanc-cassé, des jaunissures, mais Berton le dit lui-même : il ne voulait pas quelque chose de parfait. Ce n’est donc pas de l’art conceptuel ; car les œuvres d’art conceptuel sont parfaites, elles sont comme usinées. Ici, chez Berton, nous voyons la main. C’est un art mixte, mi-référentiel (phylactères, BD, etc.) mi-bertonien : tout devient sculpture, puisqu’il nous dit dans l’entretien qu’il y a un paradoxe à partir de matériaux légers (voile, tissus, etc.) pour les incarner en quelque chose de lourd, voire, de très lourd (le “drap” sur l’étendoir pèse à peu près 75 kilos…). Cela nous rappelle un peu le canot pneumatique en bronze de Jeff Koons, qui, bien sûr, ne peut que couler.

Moralité : on ne peut pas conclure, parce que Berton nous échappe avec ses miroirs peints ; ainsi cela rebondit (nous sortons des bulles…). Berton a préparé sa sortie… dans des miroirs qui réfléchissent dans du concept fait-main.

Au rez-de chaussée, le lecteur l’a compris, tout est blanc, ou quasi. Au sous-sol, tout est noir, avec un peu de blanc.

Seconde partie. Brunet

Julien Brunet : Julien Brunet, plasticien. Je fais plus du dessin, et de la peinture, et j’expérimente aussi l’outil numérique, le dessin numérique, animation numérique, modalisation en 3D.
Léon Mychkine : Donc ça, par exemple, c’est un dessin ?
B : Donc, il y a du dessin, c’est une impression, tirée en fait de la vidéo. C’est de la modélisation 3D où on a des volumes, qui sont faits à la souris, en quelques clics, en modélisant les formes, en les extrudant, comme ça, et après les volumes sont mis à plat et le dessin est fait à plat et “remappé” sur le volume. Et tout le dessin est fait numériquement sur Photoshop, à la tablette graphique. Donc il y a tout le travail de pixels, de dessin, et de montrer ce qui est particulier au numérique, c’est le carré, le blanc-noir… travailler sur cet aspect graphique et avoir aussi un aspect de dessin qui peut faire penser aussi à la gravure… En fait ce sont des images tirées de la vidéo, où j’ai changé les formats et fait une sorte de composition avec les éléments de dessin, qui sont sur des plans transparents, qui s’orientent par rapport à la caméra, donc les dessins se mettent à plat face à la caméra, il n’y a aucune notion d’ombre, de dégradé, en fait elle vient par le dessin par le dessin, et pas par les volumes eux-mêmes.
 
 Julien Brunet, dessin issu de Conduite lente (site Internet de J. Brunet)
Julien Brunet, détail (photo Mychkine)
 
 Julien Brunet, dessin issu de Conduite lente (site Internet de J. Brunet)
Julien Brunet, détail (photo Mychkine)
                                                                                                                                 Julien Brunet, détail (photo Mychkine)
 
[Nous rentrons dans la petite salle de projection]
M : Là nous sommes devant une animation
B : Donc l’animation est la base du travail présenté ici ; c’est un environnement, on va appeler ça un paysage
M : qui est fait comment ?
B : Donc la base c’est le dessin, mais du dessin mis en volume, numériquement. D’abord tu as ton objet, simple, tu extrudes tes montagnes, tu poses tes petits cailloux, tu poses tes petits arbres, enfin au départ tu fais un arbre, cet arbre tu vas le déplier pour faire sa texture ; une fois que ton arbre et “mappé” tu le multiplies sur l’espace. Une fois que tu constitues ton paysage tu poses quelques éléments. Là j’ai créé une route, qui parcourt tout le paysage, et après j’ai créé un véhicule, une petite voiture, que j’ai piloté comme avec une mannette de jeu vidéo, dans le paysage.
M : Une voiture de police
B : En fait ça vient d’une conférence, en première année aux Beaux-Arts, je parlais du Pop art anglais, c’était David Hockney, et on le voyait, il était un peu sourd, je crois, et il mettait la musique à fond et il se promenait dans le paysage, donc on le voyait dans son cabriolet qui roulait lentement, et j’ai un dessin aussi qui s’appelle conduite lente, et puis de mon côté, je dessine des paysages, j’ai travaillé sur la matière, les profondeurs qui se superposent, et là je me suis dit “je vais piloter ma voiture dans mon paysage imaginaire”. Alors là l’idée c’est que je conduis la voiture mais ensuite j’ai pris un hélicoptère pour suivre la voiture. Comme un drône.
M : Mais là il n’y a que deux dessins, et un qui avance sur l’autre ?
B : En fait, il y a des moments où tu as deux caméras, qui vont filmer deux points de vue différents.
 
On peut voir un extrait du film ici et une version plus longue et manipulable à 360° ici (ce lien fonctionne mieux depuis un téléphone portable avec application Youtube ajouté éventuellement à l’option Cardboard, ou une tablette, qui fera bouger le paysage en bougeant cette dernière)Le film est accompagné d’une musique spécialement composée par Bertrand Gruchy dont on peut écouter un extrait ci-dessous :
 

Les dessins proviennent de la 3D, mais, en cette matière, Brunet mets tout à plat : « en fait le dessin est collé sur le volume polygone comme un papier peint » me dit-il. La différence est assez étonnante, car tandis qu’il n’y a aucune perpective dans les dessins au mur, le film est bien en 3D, nul besoin de lunettes spéciales… Comment fait-il cela ? Je ne sais pas ; mais nous y sommes. Qu’il nous indique que l’idée de départ est une vidéo de Hockney conduisant nous prouve qu’il y a un univers-Brunet ; c’est comme si l’univers-Hockney, que l’on connaît pour être hyper coloré, était absorbé par la force gravitationnelle de l’univers-Brunet (rien de grandiloquent ni d’emphatique ici, s’il vous plaît), et, de fait, l’idée de départ ou son origine inspiratrice basculait dans quelque chose de radicalement autre ; et techniquement, et plastiquement. L’univers-Brunet ressemble donc à une invitation au voyage d’en dessous… comme le monde retourné de ”Stranger Things”. Je dis bien “comme”, parce que cela ressemble à un monde inversé, parallèle, où la voiture de police, et l’hélicoptère en caméra subjective, indiquent bien quelque chose de réel, c’est-à-dire ici de connu, pour le reste… terra incognita. Tout s’anime grâce au deux — voire quatre —, caméras utilisées pour faire vivre ces paysages à tout le moins étranges ; nous voici accueillis par un gigantesque rongeur dans un rongeur dans un rongeur en guise d’indicateur, tout est fabuleux, peuplé de créatures macromastes et de rongeurs plus modestes en taille, de plantations extra-terrestres, de phallus, de femmes au visage tête de mort ou mi-humain mi-Fritz the Cat (figure historique de l’underground). Curieux, tous les arbres scintillent tandis que ce qui est inanimé semble éteint. Tout est faux, comme chez Berton, mais chez Brunet, tout semble machinique ; nous sommes en dessous de la main de Berton. Les deux B : l’un terrestre, lumineux, blanc ; l’autre lucifuge, sexué, noir, mais comique aussi (BD vs Comics). Et c’est leur point commun ; le premier est comique façon douce, le second l’est façon grinçante. Une exposition qui circule… Le haut et le bas, le décor et son envers, le silence et le son…

Capture d’écran de « conduite lente »

Capture d’écran de « conduite lente »

Capture d’écran de « conduite lente » (avec les quatre caméras)

 

 

PS : en couleur gras soulignés Les hyperliens sont en couleur gras soulignés


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