Journal #7. L’“affaire” du Van Gogh tomaté et ses révoltés turbo-capitalistes

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Visuel prélevé sur le site Internet du CEF

Des personnes se sont indignées de l’action des “activistes”, d’autres ont trouvé cela remarquable, c’est-à-dire très opportun. Personne ne se demande Quel est le rapport entre un tableau de Van Gogh et le Dérèglement Systémique Planétaire ; et, surtout, principal message des deux impétrantes, l’exploitation des énergies fossiles ? Les deux jeunes femmes sont membres du mouvement “Just Stop Oil”, dont, nous apprend le site NPR (ici) « [L]a majeure partie de l’argent nécessaire à son fonctionnement provient du Climate Emergency Fund, basé à Los Angeles, qui a commencé par une subvention de base de 500 000 dollars de l’héritière de la société Getty Oil, Aileen Getty. Incidemment,  le cinéaste Adam McKay  (Don’t look up) a donné $4 millions et a rejoint le conseil d’administration [.…] Depuis l’incident de la soupe vendredi, certaines critiques ont souligné que Just Stop Oil accepte des dons en crypto-monnaie, qui a la réputation d’avoir un impact dévastateur sur l’environnement.» Rappelons qu’Aileen Getty est l’héritière de Paul Getty, qui a fait fortune dans… le pétrole. En 1957, le magazine Fortune le compte comme le premier milliardaire étasunien. Paul Getty est aussi un insatiable amateur d’art, et sa collection a servi de fond pour le J. Paul Getty Museum, Los Angeles. À son décès, le Museum reçoit $661millions. Est ensuite créé le Trust J. Paul Getty, l’institution d’art la plus riche au monde. Bref. Aileen Getty, petite-fille de Paul Getty, ne connaît pas de problèmes de fins de mois. Mais, tout de suite, une remarque (comme dirait Monsieur X) : N’y a-t-il pas là un léger problème moral ou éthique à injecter de l’argent sale pour lutter contre les industries fossiles, ou, à tout le moins, une bonne dose d’ironie cynique ? Imaginez deux secondes que votre père fut Pablo Escobar, et que vous héritiez de centaines de millions de dollars pour lutter contre le trafic de cocaïne et la corruption en Colombie ? Acceptez-vous ? C’est quand même de l’argent qui pue la mort… Question : Quelle est l’odeur de l’argent légué par Paul Getty ? Un amuseur public dira : 70 % huile de roche, 30% huile sur toile. À vrai dire, c’est la même chose. Eh oui ! Dans la peinture acrylique, on trouve du pétrole, comme dans la peinture à l’huile ! On peut dire, comme l’annone la stupide maxime : la bouche est bouclée. Quand on consulte le site du Climate Emergency Fund, on remarque un éventail d’actions toutes dirigées contre la prospection pétrolière : on s’enchaîne au filet d’un terrain de tennis, on manifeste dans la rue, on fait un happening dans un musée, on bloque le parcours du Tour de France…  

Visuel prélevé sur le site Internet du CEF

Autant d’actions qui, avouons-le, dénotent une subversion absolument jamais vue auparavant… On ne sait pas très bien quel est le but recherché par le Climate Emergency Fund. Faire parler d’eux ? Changer le monde ? Occuper gentiment les jeunes en attendant le peer du pire (sic) ? À la National Gallery, le message porté à voix haute par les deux “activistes, une fois la soupe Heinz jetée sur la vitre du tableau, a consisté en ce slogan lancé dans la salle du musée : “Qu’est-ce qui vaut le plus : l’art ou la vie ?” A priori, c’est une question aussi stupide et insoluble qu’un sujet du Baccalauréat de Philosophie (ils sont généralement grotesques et/ou non-sensiques).

Mais on peut aussi répondre en quatre mots : “Les deux, mon Général.” Pour une personne normalement constituée, en terre Européenne, occidentale, orientale, ailleurs et je ne sais où, l’art vaut autant que la vie, ou l’inverse. J’exagère à peine… Seuls quelques irréductibles sont prêts à défendre cette extrême position. Moi, et d’autres que moi. Mais la question n’est pas logique. L’art n’a rien à voir avec la vie. On peut vivre “très bien” sans art ; des millions (des milliards) d’êtres humains vivent sans aucun apport artistique, soit parce que leur pays ne connaît pas bien cette dimension de l’humanité, soit parce qu’ils n’en ont absolument rien à faire, et ce désintérêt est sans frontière.

Rappel hygiénique : « Non seulement l’art est utile, mais il est, sans doute aucun, la seule chose qui soit réellement utile à nous tous après le pain. Avant le pain, peut-être, car enfin, si nous mangeons, c’est afin d’entretenir la flamme qui permet d’absorber, pour le refondre et le répandre, le monde des illusions bienfaisantes qui se révèle et se modifie sans arrêt autour de nous. » (Élie Faure, Préface à la deuxième édition de Histoire de l’Art, Vol. 1, Les Éditions G. Crès & Cie 1921).

La question des deux “militantes dominicales” est mal posée. Quand bien même elles eussent détruit le Van Gogh, il en existe plusieurs versions, mais, surtout, la question, bien plus pertinente, aurait pu porter sur la santé biologique des êtres vivants. Il appert que la pollution liée aux énergies fossiles est responsable de la mort d’une personne sur cinq dans le monde. Une fois que vous avez rappelé cela, où est passé Van Gogh ? Il est sorti du cadre, il n’y a plus de rapport, parce que, dès le départ, il n’y en avait aucun. Or un raisonnement logique voudrait que ce que l’on pose comme principe se retrouve en conclusion. Ce n’est évidemment pas le cas. On pourrait ajouter qu’il est certain que ces jeunes filles sont équipées de “smartphones”, et on peut douter qu’ils soient de la marque Fairphone, qui elle, garantit des composants non issus de conflits, ni de l’exploitation des enfants pour le cobalt en Afrique, etc. Je n’en ai pas la preuve, mais je le parie. 

Les sociétés turbo-capitalistes ont, de longtemps, intégré que la subversion pouvait être rentable, voire même, sujette à défiscalisation. Or une bonne partie de la jeunesse des pays très développés est très consciente des “enjeux”, comme on dit, du Bousillage Intégral Systémique Planétaire, et il faut bien les “mobiliser” (un terme qu’on employait en cas de guerre mais qui ne signifie plus grand-chose, hémiplégique qu’il est devenu), et les occuper.  Quoi de mieux que de leur proposer des actions “coup de poing-coup de projecteurs”, qui sauront faire parler d’elles, se répandre dans les media à la vitesse de la lumière, et provoquer son lot d’adhésion autant que son degré de rejet. Mission accomplie ! Let’s keep up with the good work! Les champs pétrolifères peuvent perforer et ronronner tranquilles, tout va bien à l’horizon des maladies, de l’effet de serre et des morts. Non. Se révolter vraiment contre ce qu’il est train de se passer, d’arriver, de devenir, nécessite bien davantage que de balancer de la soupe sur un tableau vitré, bien davantage que de bloquer une route (on peut faire demi-tour), bien davantage que de manifester dans la rue. Il faut vraiment, vraiment, foutre le bordel, un bordel systémique, anti-social, impopulaire, et tutti quanti. Le reste, finalement, ne ressortit à rien d’autre qu’à la Société du Spectacle. Debord l’avait bien compris, mais il n’a pas fait fortune ; nous étions là dans la dignité. Il a pensé exactement ce à quoi nous assistons, soient ces hoquets nourrissons de “révoltes” à la petite semaine, et tous subventionnés… En ce sens, la soi-disant mission du Climate Emergency Fund ne ressortit à rien d’autre qu’à cette triste et pathétique mascarade d’une Révolte qui n’a pas encore dit son nom. Mais prenez garde !, quand elle accouchera d’elle-même, et pas des subventions issues de l’énergie fossile, il n’y aura pas de chorégraphie millimétrée ni de timing événementiel, ce sera, vraiment, le chaos. Vivement !

 

Léon Mychkine

critique d’art, membre de l’AICA, Docteur en Philosophie, chercheur indépendant

 

 


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