L’une des plus petites galeries de Paris, chez Cécile Dufay

Cécile Dufay (ici) est galeriste depuis plus de vingt ans. Sa première galerie fut créée en 2001 :  

« À cette époque, les jeunes talents n’étaient pas soutenus comme ils le sont aujourd’hui, tout le monde s’en fichait, et on n’achetait plus d’art contemporain. Dans les salles des ventes, ce n’était pas aussi couru qu’aujourd’hui. L’offre était très réduite, sauf pour les gens fortunés. […] [Après quelques temps de flottement vers la fin des années 2019, et à la faveur du Covid, comme elle le dit, Cécile Dufay ouvre seule sa propre galerie.] Et donc j’ai ouvert au Village Suisse, à 350 mètres du Grand Palais éphémère. J’ai ouvert une sorte de chambre avec vue sur l’art contemporain. Il s’agit d’une toute petite galerie de 10m2. C’est très à la mode en Angleterre. Je voulais que l’on puisse plonger dans la peinture ; et donc ma galerie est à taille humaine, c’est une pièce d’un appartement parisien normal. Ça m’a semblé intéressant de créer un endroit où l’on est dans une sorte d’intimité, un dialogue avec les œuvres, où l’on puisse vraiment se sentir immergé dans la peinture — certes la taille de ma galerie est justifiée par mes moyens financiers, mais également par cette volonté là. [Cécile Dufay précise que sa toute première galerie était celle qui avait le plus d’âme, et celle dont les gens lui parlent encore vingt ans après.] Léon Mychkine: Et vos visiteurs, que disent-ils de leur expérience ? Cécile Dufay: Alors j’espérais que ça facilite les échanges, et que ça casse un peu la communication descendante, et dans 80% des cas, les gens s’expriment, disent ce qu’ils ressentent, avec beaucoup d’intelligence. Du coup, ce qui se passe dans mon lieu, c’est qu’avec les visiteurs, nous faisons connaissance, et ils font connaissance aussi avec la vie de l’artiste et le travail qu’ils ont sous les yeux. Ils discutent, et restent assez longtemps ; ça leur arrive de s’asseoir et de rester une heure. LM: Donc vous avez réussi votre pari. CD: Ça fait un an que ma galerie existe, je suis heureuse pour l’instant. Après, le pari, il est réussi sur la relation. Il faudra se développer, et exploiter aussi d’autres canaux. LM: Et vous avez une politique d’exposition, ou bien c’est au hasard des rencontres ? CD: Je ne crois pas tellement au hasard. D’abord, je suis toujours à l’affût, je cherche… Et puis, dès que l’on aime un artiste, on fait connaissance avec son réseau, et puis on a la chance d’avoir Instagram, qui a changé le métier, et c’est d’ailleurs assez stressant car énormément de gens ont du talent. Donc c’est moins une politique d’exposition qu’un appétit pour la peinture assez marqué. Une volonté de ne pas m’enfermer dans un style. Mais je constate être très attirée par les coloristes. Et justement, après la crise du Covid, j’avais envie de couleurs, et j’ai exposé les peintures d’Anne Guillotel. Je suis aussi très sensible à la touche. La matière de la toile m’intéresse. Et il y a peu de gens qui parlent de matière, de toucher, de texture, parce que beaucoup de gens en peinture “ont” des images, et la peinture, c’est une matière. Ça compte beaucoup pour moi. Et après, je choisis des personnalités. Car, entre un galeriste et un artiste, c’est un engagement, des deux côtés. Et un ami, marchand d’art contemporain, me disait “il ne faut pas quitter ce qu’on aime pour ce qui vous plaît”. Je trouve ça très beau, et très vrai. Il faut vraiment que j’aime la peinture que j’ai sous les yeux, et l’envie de défendre l’artiste, sinon ça ne marche pas. LM: Oui, c’est la différence entre l’amour et la séduction. CD: Oui. Ça me pose un problème, parce que je trouve que la séduction, ça joue sur une sorte de fausseté qui est le contraire de l’art, pour moi. Les vrais artistes sont nécessairement sincères, ce n’est pas une construction, ce que l’on voit par exemple avec les “séries”, chez certains peintres. À l’inverse, Mathieu Weemaels, que j’expose, reproduit, en gros, toujours les mêmes objets, car il ne peint que ce qu’il y a autour de lui, dans son atelier, mais c’est différent à chaque fois. Il ne s’agit pas d’une logique de série, ce n’est pas un exercice ; chaque toile est individualisée. Weemaels, c’est d’abord un dessinateur. Et comme il est le fils d’un peintre abstrait, qu’il ne voulait pas en devenir un, il a fait la Cambre [École Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre, Bruxelles]. Et pendant quinze ans, il fait des pastels, essentiellement de natures mortes, et de paysages. Et au bout de ces quinze ans, il a réalisé qu’il voulait devenir peintre, depuis toujours. Et ce qui l’a intéressé, c’est de faire des huiles qui ressemblent à des pastels.

Mathieu Weemaels, “Pré fleuri”, 2018, pastel sec sur papier collé sur bois, 120 x 60

Et la prochaine exposition sera un duo, avec Clément Montolio, peintre de paysage, de presque 70 ans, et Marie-Jeanne Caprasse, peintre aussi de paysages ; et le point commun, il me semble, c’est qu’ils ont une vision fantastique de l’environnement ; c’est-à-dire qu’ils montrent que la nature est fantastique en soi ; et il ne s’agit pas d’un point de vue romantique, ni d’un discours lourd sur l’environnement

Clément Montolio, “Voyage en zigzag # sous le 46 ème parallèle, Nord”, 2021, peinture sur bois, 27×22cm, Galerie Cécile Dufay

 

Marie-Jeanne Caprasse, “Cellule et Chloroplastes 2”, 2021, 65 x 81 cm, technique mixte sur toile, Galerie Cécile Dufay

 

Anne Guillotel, “contact”, 2005, huile sur toile, 50 x 100 cm

 

Retranscrit, sélectionné et mis en forme par : Léon Mychkine

 

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