La peinture est dans la peinture. Partie 1

L’exposition commissionnée par la commissaire et artiste Sylvie Turpin au POCTB est, disons-le d’emblée, une réussite. Pourquoi ? Il y a trois facteurs à cette réussite. Le premier, c’est le “parti-pris”. Ce parti-pris, d’abord, c’est de proposer une exposition cohérente, de bout en bout. Les œuvres de chaque artiste sont toutes singulières et, cependant, elles tiennent et sont reliées dans l’espace conceptuel de la galerie par l’art, justement, de savoir monter une exposition ; et cet art tient autant à l’oeil du commissaire qu’à son expérience en cette matière. Le deuxième facteur, c’est d’avoir axé le choix des artistes en fonction de leur façon d’oeuvrerchacun expose des résultats de leurs processus ; or le processus, c’est ce qui intéresse Turpin au plus haut point. Que veut dire ici « processus » ? Cela veut dire que les artistes en question ont un rapport à l’œuvre qui tient compte du propre développement, de la propre évolution de l’oeuvre ; c’est-à-dire qu’ils choisissent de ne pas tout maîtriser, de laisser la matière — les matériaux —, agir entre eux suivant leur nature, leur « sentir », dirait Whitehead, car aucun matériau n’est inerte, puisqu’il agit dans son environnement ; et qu’il est encore moins inerte à l’intérieur. Les artistes réunis au POCTB donnent donc à voir des œuvres dont les matériaux ont pu profiter d’un espace de liberté pour s’exprimer à leur manière. Cette expression « espace de liberté » pourrait sembler d’une banalité affligeante si, justement, le terme d’ « espace » n’était qu’une adjonction superfétatoire au terme de « liberté ». Or il ne l’est pas. Nous sommes ici dans une topologie, une topologie de l’expression des formes ; dans un résultat négocié entre l’artiste et l’objet-oeuvre. Et c’est cette négociation qui est au cœur du processus tel que défendu, en tant que position esthétique et pratique, par Turpin, et par les artistes. Il y a donc liberté laissée au matériau, et, de fait, prise et conquête d’espace dans le plan de l’oeuvre. Le troisième facteur, c’est la beauté. Tout simplement. Toutes les œuvres sont belles ; voire, en sus, remarquables. Une fois que nous avons réuni ces trois facteurs dans un même lieu, alors s’ajoute une dimension supplémentaire, que l’on ne rencontre pas dans tous les accrochages ; celle de la profondeur temporelle. C’est elle qui nous permet, aussi, de retenir l’oeuvre, là où, ailleurs et souvent, l’oeil ne fait que glisser.

PS : il ne faudrait pas conclure que les processus dont on parle pourrait renvoyer à l’ « art processuel », ou ‘art process’ (l’exposition commissionnées par Szeemann en 1969, ou encore à l’usage que fait Paul Ardenne du terme « processuel »). Il semble qu’il faudrait peut-être proposer une nouvelle expression qui tiendrait compte des enjeux et pratiques de cette manière de faire de l’art.