ART-ICLE.FR, le site de Léon Mychkine (Doppelgänger), écrivain, Docteur en Philosophie, chercheur indépendant, critique d’art théoricien, membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA-France)

Quand voir n’est pas voir. À 314,1052 Milliards de kilomètres. (Éloge de la conquête spatiale)

Rappel : une année lumière, ou UA, Unité astronomique = 9.461 milliards/km    

L’image insérée dans ce texte “représente” la galaxie GLASS-z12 ; une galaxie dite de Lyman, du nom du physicien Theodore Lyman qui, au début du XXe siècle, a découvert la “raie de l’hydrogène alpha”, émise dans l’ultraviolet à 121.6 nanomètres [c’est de la poésie], à 21 centimètres de l’hydrogène (longueur d’onde à 21 cm dans le vide, produite par les grands nuages d’hydrogène atomique neutres). La détection de ces raies constitue ce qu’on appelle aussi le “décalage vers le rouge” [poésie]. La Galaxie GLASS-z-12 connaît un red shift de 12,117±0. 012. Les scientifiques, à l’aide du Grism Lens-Amplified Survey from Space (GLASS) utilisant le NIRCam du télescope spatial James Webb en juillet 2022, et des résultats recoupés en août de la même année par les observations spectroscopiques de l’Atacama Large Millimeter Array (ALMA) ont pu établir que GLASS-z12 est âgée de 350 millions d’années après le Big Bang, (13,6 milliards d’années depuis le Big Bang), ce qui en fait la plus jeune galaxie jamais découverte ; c’est un embryon. Il y a, parfois, tant de raies de Lyman émises dans telle zone spatiale que l’on parle de “forêts Lyman alpha”. [C’est vraiment très poétique]. Il y n’y a pas de forêt dans l’espace interstellaire connu… « Les observations d’ALMA ont détecté une raie d’émission associée à l’oxygène doublement ionisé (O III) à 258,7 GHz avec une signification de 5σ, ce qui suggère qu’il y a très peu de poussière dans GLASS-z12, voire dans l’univers primitif également. En se basant également sur les mesures liées à l’oxygène, l’âge de la galaxie est confirmé.» (Futura science).  

On se demande qui peut bien comprendre cela, toutes ces données ? Et l’on se dit aussi que si, à l’École (terme générique), on nous avait exposé les mathématiques toujours en rapport avec des exemples concrets, peut-être les eussions-nous davantage comprises et assimilées… Bref. 

Maintenant, que voyons-nous ? On le sait, c’est une galaxie, qui est vraiment très très loin dans l’espace, et qui est à la fois ancienne, et jeune (hyper ancienne pour nous, et jeune “après” le Big Bang). 

Je n’ai donné qu’une capture incomplète, c’est-à-dire sans la légende. Que dit-elle ?

Quand on lit « image traduite en couleurs visibles par nos yeux et améliorée par ordinateur », on se demande, alors, ce qu’il y a vraiment à voir. Que reste-t-il, une fois ôtés ces ajouts techniques ? La réponse est assez simple : Rien. Pour une raison évidente ; l’œil humain ne voit pas les infrarouges, pas plus que l’oxygène, dont on nous fait comprendre la présence alentour… De fait, il est assez probable que nous devrions, “en vrai”, voir quelque chose d’autre. Que serait-ce ? Du noir. Rien que du noir. Mais montrer un monochrome noir en disant « Voyez ici la galaxie Glass z-13 !» ne ferait guère de sens, excepté dans le monde de l’art moderne. La vérité est que l’on ne peut pas livrer au monde un monochrome noir en disant :« Voici telle galaxie !» Mais alors, le fait d’ajouter ces “colorants” électroniques, qu’est-ce que cela donne ? Qu’est-ce que cela indique ? Un désir de “voir”, coûte que coûte, même s’il s’agit d’une pure vue de l’esprit. C’est étrange. Étonnant. Mais même du côté des spécialistes, en premier lieu, aux commandes des résultats, des “améliorations”-transformations logicielles, il doit être un tantinet frustrant de maquiller ainsi la vérité du monochrome noir sous l’aspect d’un blob rouge scintillant… Qui a recueilli leur frustration ? Qu’en pensent-ils ? Puisque c’est du rien déguisé façon clown issu du néant. Autrement dit, sans la légende véridique, nous sommes dupes, nous n’errons pas (n’est-ce pas Jacques ?), mais avec, c’est une autre limonade. Parallèlement, est-ce une bonne manière de soutenir la recherche scientifique ? Ne peut-on voir ici une faille dans laquelle pourraient s’agglutiner tous les crétins qui sont toujours prêts à critiquer la science tandis qu’ils n’y comprennent rien ? Mais les crétins lisent-ils la documentation scientifique ? Il est à parier que non. En revanche, ils sont toujours prêts à écouter les charlatans, pourvu qu’ils passent à la télé, ou sur les réseaux dit sociaux. Mais c’est une autre histoire. Brisons-là. Revenons sur cette merveille qu’est le télescope James Webb.  

Ce télescope est le seul situé hors orbite terrestre, il se trouve à 1,5 million de kilomètres, du côté opposé du soleil. Il se trouve ici :

C’est un observatoire spécialisé dans la détection des infrarouges. Télescope anastigmatique, il est muni de trois miroirs courbes, permettant de minimiser les principales aberrations optiques — l’aberration sphérique, la coma, et l’astigmatisme. On se rend pas assez compte à quel point ce télescope est un prodige de technologie et d’innovation. L’image ci-dessous montre le “miroir primaire” et son bouclier thermique repliés, comme dans une phase de mue imaginale, car c’est seulement une fois sa position fixée dans l’espace interstellaire qu’ils se déploieront.

Le télescope spatial James Webb entièrement assemblé et en position repliée en salle blanche à Kourou peu avant son installation sur son lanceur Ariane 5

comme ceci :

Artist’s impression of the James Webb Space Telescope (JWST) in orbit. (Image Credit: Adriana Manrique Gutierrez, NASA Animator)

On ne trouve apparemment pas de “vraie” photographie du télescope Webb en position, nous n’avons donc que ce qu’on appelle, comme indiqué dans la légende et dans les publications scientifiques en général, une “vue d’artiste”, mais cela ressemble bien à l’effet visuel si nous pouvions le vraiment voir. Une fois dans l’espace, à 1,5 millions de kilomètres, il a fallu déplier le miroir primaire (six mètres de diamètres, qui devait en compter 8, mais les “raisons” budgétaires l’ont réduit de deux mètres). La sorte de grande voile que l’on voit en dessous est le bouclier thermique, tandis que la pièce noire qui surmonte le tripode est le miroir secondaire. On fait extrêmement peu de publicité, de communication, sur ses extraordinaires prouesses technologiques de l’esprit humain, et je pense que c’est regrettable. Parce que, quoi qu’on dise, cela fait rêver, pousse les limites de l’imaginaire et de l’imagination, et élève l’humain au dessus de sa condition. Et, de toutes façons, il ne faut pas oublier que nous sommes une espèce cosmique — sans interactions chimiques extra-terrestres il n’y aurait jamais eu de vie sur Terre, Terre qui, bien entendu, est une infante du cosmos. Et l’espèce humaine est appelée à coloniser d’autres territoires, à condition que son habitacle premier lui en laisse le temps…   Si vous cliquez sur ce lien (ici) et en descendant la page, vous serez sur une page de la NASA où vous verrez en temps réel le mouvement du télescope et les planètes et satellites “devant” lesquels il passe, comme ainsi :

Et je ne résiste pas à ajouter cette image, dont on comprendra la raison, en regardant en haut “à droite” :

On notera, encore une fois, l’extraordinaire inventivité humaine qui consiste, en temps réel, à transformer l’invisible en visible : on ne voit pas réellement ce qui se passe “là-bas”, mais cependant tout est transcrit en langage graphique se superposant à ce qui se passe, à la seconde près.

 

Léon Mychkine,

écrivain, Docteur en philosophie, chercheur indépendant, critique d’art, membre de l’AICA-France

 

 

 


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