Saisissez le titre (Twombly) en attente de l’achevé (?)

Cy Twombly, “Night Watch”, 1966, peinture industrielle, crayon à la cire sur toile, 190 x 200 cm, Coll Part.

Dans les années 1955-57, Twombly a fait des tableaux en dessinant à la craie. La plupart ont été détruits ou perdus, rapidement, par leur auteur.

Sur cette photographie de Cy Twombly lui-même (New York, 1955) on peut distinguer certains tableaux à la craie, tous détruits ensuite, excepté, au fond, le plus grand, panorama

Le tableau “Night Watch” ressemble à un tableau à la craie. « En 1951, probablement après qu’il ait rencontré le poète Charles Olson, au Black Mountain College, Twombly commença de dessiner sans discontinuer des glyphes sur des fiches. La taille des dessins suggère qu’il cherchait un motif plutôt qu’à en faire un. Deux ans plus tard, alors qu’il voyageait and Afrique du Nord et en Italie, il fait des dessins d’objets fétiches au Musée National de la Préhistoire et de l’Ethnographie Luigi Pigorini, à Rome. […] L’année suivante, Twombly fit une série d’un ensemble de dessins sans titre au crayon dans le noir comme une manière d’interrompre le lien entre la main et l’œil, de désapprendre ce qu’il avait appris » (source : John Yau, ‘Hyperallergic’). Oui, vous aurez remarqué que, dans cette citation, on ne mentionne pas les dessins à la craie. Mais, et c’est ma pure supposition, les dessins à la craie expriment la quintessence du dessin aléatoire. Pourquoi ? La réponse n’est-elle pas évidente ? Vous êtes artiste, vous n’allez pas faire un dessin à la craie. Parce que la craie, c’est volatil et fragile : vous frottez malencontreusement, et, shit ! tout est foiré. Ainsi, “Night Watch” fait penser exactement à un dessin sur un tableau, et tous les traits dans le noir en dehors des structures identifiables ressemblent exactement à de rapides coups de brosse sur un tableau en ardoise. En dehors de ces coups de brosse simulés, Kirk Vanedoe écrit que l’on peut y voir « une image cinématique, chrono-photographique [ainsi que l’on pourrait traduire l’expression ‘time-lapse’] d’une sorte de boîte avançant et tournant dans l’espace. » Une (seule) sorte de boîte ? Il y a quelque chose d’étonnant, chez Twombly, en regard de son propre devenir-artiste, et de l’Histoire de l’art. Ce devenir, il en parle d’ailleurs, et très bien. Il savait parfaitement qu’il opérait un déplacement, un pas de côté par rapport à l’Histoire de l’art. En quoi consiste ce déplacement ? En un mot, ce que nous pourrions appeler l’“inachevé-achevé”. Qu’est-ce à dire ? En quelque sorte, je crois que de nombreuses œuvres de Twombly sont comme “laissées en l’état”, comme s’il manquait quelque chose, justement, un achevé. Or, d’achevé, il n’y a pas, ou bien, il est déjà là. C’est ce qui est si touchant chez Twombly : la sincérité d’un ordre du sentiment dessiné. Au spectateur de poursuivre. Non pas “au spectateur de finir l’œuvre”, mais “au spectateur de relier les fils, qui sont bien là”. Mais ce que je viens de formuler, concernant l’achevé-inachevé, ne s’écroule-t-il pas si l’on pense au Portrait inachevé du jour chez Michelangelo Buonarotti, et à David, ici ? :

L’inachevé chez Buonarroti Michelangelo, et Jacques-Louis David

 

Ref/Kirk Varnedoe, Cy Twombly, a retrospective, 1994, The Museum of Modern Art, New York

 

Léon Mychkine

 

 

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