Sur une sculpture de Nedda Guidi

Je ne connais rien de Nedda Guidi, trouve peu d’œuvres d’icelle sur l’Oueb, mais m’arrête sur cette sculpture, qui donc m’intéresse. C’est une très belle pièce, que l’on penserait en pierre, mais qui est en terre cuite. On constate, assez vite, que cette pièce nous raconte quelque chose. Qu’est-ce donc ? En un mot, je dirais une histoire de rupture. Un parallélépipède qui, pour des raisons inexpliquées, s’est ouvert et fendu comme le bois sous un coup de hache, ou bien par fatigue du matériau. Question : Ce mouvement de fente va-t-il se poursuivre, ou bien a-t-il cessé ? Voyez comme la fente en parement descend très bas, proche, justement, de la rupture. (J’aimerais bien pouvoir faire le tour de cette “Scultura oggetto”, objet de sculpture, mais je n’ai trouvé que cette seule image.) Certes, l’attache du dessus en croisillon semble assez large, mais avec le jeu des forces, combien de temps cela va-t-il durer avant que la partie gauche ne s’emporte ? Mais même, ne tiendrait-elle pas encore debout ? Si, probablement. Ce n’est donc pas un drame, juste l’histoire d’une séparation en suspens.   

Nedda Guidi, “Scultura Oggetto n.2”, 1966, terracotta semirefrattaria a smalto mat granulato su smalto secco, 48 x 48 x 22 cm

 

Léon Mychkine 

écrivain, Docteur en Philosophie, 

chercheur indépendant

critique d’art,

membre de l’AICA-France