Images d’indiennes et d’indiens

Quand j’étais enfant, comme la plupart, tous ?, les enfants, j’étais passionnné par les Indiens, ceux avec des plumes sur la tête, d’Amérique du Nord, qu’on appelait les “Peaux-rouges”. Combien de western vus à la télévision, avec ces hommes toujours cruels, impitoyables, ne sachant apparememnt que crier, mais qui étaient libres, indépendants, “sauvages”, et qui montaient à cheval comme des centaures. Et puis plus tard, on m’a offert le livre La véritable Histoire des Indiens peaux-rouges, de George Fronval. George Fronval, rien que le nom faisait penser à un type célèbre, respecté, je ne sais pas pourquoi… J’ai gardé très longtemps ce livre. Je ne sais pas où il est passé maintenant… Peut-être se trouve-t-il dans un endroit encore acessible ? Combien de fois ai-je lu et parcouru les lignes et images de ce livre ? J’étais fasciné. Et je sentais la prégnance d’un monde disparu, lointain, mais pas tant que cela ; une civilisation écrasée par une autre en train de se constituer, sur un territoire bien assez grand pour maintenir les deux ensemble. Mais il fallait Tout le territoire. Tout le monde connaît cette Histoire. Mais elle est plus complexe que ce que l’on a tendance à croire : qu’ils se sont tous fait tuer ; tout de suite. Quand on lit le récit passionnnant et extraordianaire de Lewis et Clark, on voit bien que se sont établies des relations cordiales entre colons et Indiens, mais qu’il existe des conflits entre différentes tribus, et que certaines semblaient bien plus belliqueuses que d’autres… Mais, on le sait aussi, il y a eu des guerres, et une lente quasi extermination d’un peuple très divers qu’on avait appelé “Peaux-rouges”. Mais, avant même que l’on ne cherche à s’en débarrasser, des ethnies entières furent dévastées par la variole et la grippe, dont les germes avaient été importés par les Européens, et contre lesquels les autochtones n’étaient pas immunisés.            

En partant à la cueillette quotidienne d’images sur l’Internet, sans aucun but, on tombe sur celle-ci : 

G. B. Johnson, “Geronimo and Naiche”, c.1890, albumen silver print,  11.8 × 19 cm, National Portrait Gallery, Washington, DC

À droite, c’est Geronimo. Geronimo, aka Go Khla Yeh, « celui qui bâille », ou encore Guu Ji Ya, « l’astucieux »,  sûrement l’un des “Indiens” les plus célèbres dans l’imaginaire occidental. Sait-on pourquoi ? Comme ses camarades, il est déguisé en habit d’européen. Ce n’était pas assez de les avoir asservis, affamés, dépossédés, tués, il fallait encore les humilier davantage. Ils posent. Mais ils y sont obligés. Ce n’est pas une envie soudaine, “tiens, si on se déguisait en habits de Langues-fourchues et qu’on allait se faire photographier par ces salopards ?”  

Geronimo, c’est un mythe. Comme “Sitting-Bull” aka Tȟatȟáŋka Íyotake, Cochise, “Tecumseh”, aka Tekoomsē = « Jaguar céleste », « Étoile filante », “Crazy Horse”, aka Tašúŋke Witkó : « ses chevaux ont le feu sacré », en Lakota, “Red Cloud”, aka Maȟpíya Lúta, Dents de lapin, Aigle agile, Ombre de feu, Du pareil au Même. Je viens de glisser quelques indiens imaginaires, comme est (in)imaginaire le mythe, dont l’enfant tourne les pages, nimbées de sang astral ; qui éternellement flottera dans l’éther mémoriel des actions mauvaise commises par les hommes contre d’autres hommes (c’est quand même souvent les hommes qui “font” la guerre, mûs par un irrépressible besoin de tuer) et, de ce point de vue, personne n’est propre, il faut quand même bien le rappeler : il n’y a jamais eu de civilisation Peace & Love. ♦ Mais ceux que l’on a finalement appelé “Nations premières” (‘First Nations’), ou “Amérindiens”, ont quand même payé très cher le prix de la colonisation étasunienne. Tout cela est bien connu. Ce que je me demande, face à cette photographie, c’est Quel en était le but ? À quoi cela servait-il de “déguiser” les Apaches Chiricachuas ? La légende dit : “Geronimo et Naiche”. Naiche fut le second fils de Cochise. Il était aussi peintre !

Naiche, painting of a girl’s puberty ceremony, ca. 1907, Fort Sill, Oklahoma, Chamois skin, paint, 78 x 67 cm, National Museum of the American Indian, Washington D.C

Naiche

Que pensent-ils, face au photographe ? De toutes façons, leur monde est anéanti, alors, une foutaise de plus ou de moins de la part des “blancs”… En 1911. Naiche a délivré un discours devant des représentants de l’armée américaine, autant dire ses geôliers, car c’est sur la “réserve” de Ford Still (Oklahoma) que furent détenus, en tant que « prisonniers de guerre (!)» les Apaches Chiricahuas, et ce, jusqu’en 1914 ! En tout, la superficie des “réserves indiennes” occupait 2,3% du territoire américain, et elle était constitué bien souvent de terres pauvres. C’est 70 millions d’hectares qui furent accaparés par les colons. 

Extrait du discours de Naiche : 

« Tout ce que nous voulons, c’est être libérés et être libérés en tant que prisonniers, recevoir des terres et des maisons que nous pouvons appeler les nôtres. C’est tout ce à quoi nous pensons. Nous avons appris à travailler. C’est généralement la façon dont ils prennent quelqu’un pour apprendre. Après avoir enseigné pendant un certain temps, ils les regardent et se disent que ces personnes ont suffisamment appris, je suppose. Je vais leur donner une sorte de travail. …. Allons-nous travailler ici pour vous aussi longtemps que nous pourrons bouger nos mains, travailler jusqu’à ce que nous soyons si vieux que nous ne pourrons plus travailler ?».

Chief Naiche

Ci-dessus, le Chef Naiche n’est pas encore déguisé, il est habillé selon la coutume. Tout comme ci-dessous Geronimo, avec ce célèbre cliché :

A. Frank Randall, “Geronimo”, 17 Feb 1909, albumen silver print, 15.7 x 11.2 cm, National Portrait Gallery, Smithsonian Institution

Mais là, on voit tout de suite le côté factice, couleur locale pour le nouveau peuple étasunien, qui, déjà, consomme les images exotiques de ces peuples sauvages et redoutables. Ici, le grand Chef apache pose avec sa carabine, au milieu d’une végétation de pacotille, il suffit de voir le mur derrière lui… Là encore, on ne lui a certainement pas donné le choix, on a imposé la posture, lui a fait revêtir ses habits quotidiens ; et on a “resaisi” le sauvage dans son “milieu naturel”. En 1830, le Président Andrew Jackson forçait les Améridiens à quitter le sud pour les “Great Plains”, et, en 1851, le Congrès américain votait l’Indian Appropriation Act. On ne saurait mieux nommer…

 

Simon van de Passe, “Pocahontas”, 1616, Oil on canvas, 77.5 x 64.8 x 2.5cm, National Portrait Gallery, Smithsonian Institution

Née près de l’actuelle Richmond, en Virginie, Matoaka, également connue sous le nom de Pocahontas, a grandi sur la côte de la Virginie, au sein d’une confédération de Powhatan parlant l’algonquin. Après que John Smith et d’autres représentants de la Virginia Company of London aient établi une colonie à Jamestown, elle a encouragé leurs relations pacifiques avec son peuple. Pourtant, en 1613, un capitaine anglais l’enlève et la rançonne contre du maïs, des fusils et des prisonniers. Pendant sa captivité, Pocahontas se convertit au christianisme, prend le nom de Rebecca et épouse le cultivateur de tabac John Rolfe. Leur fils, Thomas, est né en 1615. Désireuse de faire connaître l’assimilation apparente de Pocahontas afin d’attirer des investisseurs, la Virginia Company la transporte en Angleterre, où elle arrive en juin 1616. Cette peinture, basée sur une gravure de l’époque, dépeint Pocahontas comme une Anglaise aisée. Des inscriptions proclament sa lignée d’élite, sa religion chrétienne et son statut marital (confondant le nom de son fils avec celui de son mari). Pocahontas tomba malade et mourut neuf mois après son arrivée en Angleterre. Au cours des 400 années suivantes, sa brève existence a inspiré des hommages et des légendes, notamment une romance fictive avec John Smith. (Source Smithsonian Institution)

Joseph Turner Keiley, “Zitkála-Šá”, 1898, photogravure, 15.9 × 9.5 cm, National Portrait Gallery, Smithsonian Institution

Zitkála-Šá a été l’une des pionnières d’une génération de militants des droits des Indiens, diplômés des écoles des missions et des écoles publiques, où il était interdit aux enfants de parler leur langue maternelle. Travaillant ensemble, ces militants intellectuels représentant divers milieux tribaux ont utilisé leur éducation formelle et leur anglais impeccable pour lutter contre la politique fédérale américaine à l’égard des Indiens et réclamer la justice sociale. À l’aise dans la société dominante et urbaine (c’est-à-dire blanche), ils ont formé des organisations professionnelles. Par exemple, la Society of American Indians, fondée en 1907, a été la première organisation nationale entièrement indienne à défendre les droits des Indiens. En tant que l’une de ses dirigeantes, Zitkála-Šá a lutté sans relâche pour les droits de citoyenneté des Amérindiens, et elle a été décrite comme “une Jeanne d’Arc pour conduire son peuple à la citoyenneté”. Zitkála-Šá a ensuite fondé l’une des plus importantes organisations de défense des droits des Amérindiens, le National Council of American Indians. (Source Smithsonian Institution)

Norval H. Busey, “Sarah Winnemucca”, 1883, photograph, albumen silver print, 17.8 × 10.2 cm, National Portrait Gallery, Smithsonian Institution

Sarah Winnemucca aka Thoc-me-tony, était une défenseuse des droits des Amérindiens reconnue au niveau national. Adepte de cinq langues, elle utilisait ses compétences verbales pour servir de médiatrice dans les échanges diplomatiques entre sa communauté Paiute du Nord et les représentants du gouvernement américain. Au début des années 1880, elle s’est rendue à la Maison Blanche et au Capitole des États-Unis pour protester contre la relocalisation forcée des Paiutes dans la réserve de Yakama, dans l’État de Washington. Elle a également prononcé des centaines de discours détaillant les mauvais traitements infligés aux communautés indigènes et a écrit Life among the Piutes (1883), la première autobiographie publiée par une femme amérindienne. Des photographies de studio comme celle-ci ont aidé Winnemucca à faire connaître sa cause. Elle a été réalisée à Baltimore, où elle a donné environ soixante-six conférences en 1884. Un dernier voyage dans l’Est en 1887 ne réussit pas à attirer des fonds pour l’école que Winnemucca avait créée pour les enfants paiute. Découragée, elle avoua à un partisan : “Il est inutile pour moi d’essayer de me dresser contre le monde”. (Source Smithsonian Institution)

1892 : Photographie d’un tas de crânes de bisons américains en instance d’être broyés pour servir d’engrais

Refs : Frédéric Dorel, “La thèse du ‘génocide indien’ : guerre de position entre science et mémoire”Amnis, ici /// Meriwether Lewis and William Clark, The History of the Lewis and Clark Expedition, (Ed. Elliott Coues), in three volumes, Dover Publications, 1893 Facsimile edition, 1979

 

Léon Mychkine

critique d’art, membre de l’AICA, Docteur en Philosophie, chercheur indépendant

 

 


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