Beaux Arts Paris Saint-Ouen suite 26 mars : Entretien avec Arthur Desmoulin

Léon Mychkine : Nous sommes avec

Arthur Desmoulin : Arthur Desmoulin

LM : nous sommes dans l’atelier de Laurent Esquerré et

AD : je suis aussi dans l’atelier d’Isabelle Cornaro, platicienne. Alors les pièces que tu as devant toi, elles sont pour le CNES.

Dans deux semaines je vais faire un vol parabolique, et ces pièces-là vont être moulées en latex, et elles vont devenir des structures et des corps mous, qui vont s’intégrer dans une structure rigide, dans l’avion. Et pendant les phases d’apesanteur on va pouvoir étudier leurs déformations. Et ce sera filmé. Et avec cet archivage, je vais pouvoir les retravailler, en porcelaine, en grès, ou en céramique. Et ensuite je vais les spatialiser sur une sorte d’architecture métallique, et ce sera donc une pièce pour Les Abattoirs, à Toulouse, pour le Frac-Occitanie.

LM : et cette pièce, qu’est-ce que c’est ?

AD : c’est pour l’Appel à projets Dior, je me suis inspiré des ossatures de mammifères et de pistils de fleurs. Et ces espèces de formes, un peu biomorphiques, un peu hybrides, seront attachées à des oliviers et elles serviront de réceptacles pour de la terre et des graines.

LM : le point de départ de tes créations, c’est le dessin, l’ordinateur ?

AD : c’est croquis et modélisation 3D.

LM : donc tu inventes des formes.

AD : oui.

LM : tu ne te bases pas sur des choses existantes.

AD : les ossatures des pièces sont presque toutes basées formellement sur des rapports corporels, que ce soit osseux ou musculaire.Mais cette année j’ai aussi devéloppé des pièces en fer forgé, et je travaille autour des fluides, je les vois comme des corps en transition, des morphoses, qui cohabitent dans des espaces.

Je travaille aussi sur des structures métalliques.

C’est toujours un jeu avec l’architecture qui répond à des corps, et j’essaie de le voir comme une espèce de traduction de comment un corps réagit à un espace, de manière sculpturale.

LM : et ça, ce sont des corps, des membres :

AD : là je m’inspire des muscles. Après, c’est vraiment abstractisé. Et par exemple pour cette pièce-là, qui est en cours de production, je me suis inspiré des vertèbres et de la colonne vertébrale humaine.

LM : et c’est en quelle matière ?

AD : c’est du PETG [polyethylene terephthalate], du plastique de bouteille d’eau.

LM : et c’est ce qui sort de l’imprimante 3D ?

AD : oui. C’est le plastique qu’on utilise en impression 3D.

LM : et ça tu le modélises ?

AD : oui.

LM : il y a un côté science-fictionnel un peu aussi, non ?

AD : oui.

LM : on pense à “Alien”.

AD : oui. Mais elle n’est pas encore finie.

LM : et c’est assez étonnant que tu aies besoin de triturer la matière et à la fois de l’abstractiser sur l’écran. C’est une belle gymnastique.

AD : en fait j’ai commencé les Beaux-Arts en faisant un peu de dessin et beaucoup de céramique, et de la terre, et c’est pour ça que je pense que nous nous sommes assez bien rencontrés avec Laurent [Esquerré], parce qu’il est hyper attaché à la matière, à l’argile

LM : oui.

AD : il a ce rapport corporel à la sculpture.

LM : oui.

AD : et je suis aussi attaché à l’univers numérique. Et je trouvais ça intéressant de mélanger les deux ; et je pense qu’ils vont bien ensemble.

LM : oui, c’est une belle démarche.

AD : et là je suis en train de voir comment mouler des pièces en impression 3D pour après les redéformer en céramique. On peut interconnecter toutes ces choses-là.

LM : tu t’intéresses à la mutation permanente.

AD : oui, exactement.

(Toutes les photographies sont d’Arthur Desmoulin).

 

Entretiens avec Laura Esparch, étudiante aux Beaux-Arts de Paris Saint-Ouen (atelier de Laurent Esquerré)