Série “Sabotage #3” : Claire Tabouret ne se casse plus la tête

Nous avions cru en Claire Tabouret. “Croire” en un/une artiste, veut dire que nous avions de l’enthousiasme pour elle, lui, eux, elles, icielles, icieux, essieux, essielles (ça devrait suffire pour les fanatiques). Et puis, par la grâce de ce qu’on appelle les “Réseaux sociaux”, on “tombe” sur un tableau qui semble le fait d’une espèce d’amateur, pardon !, amatrice. On ne comprend pas très bien “le projet”, comme disent les jeunes.

Claire Tabouret, ‘Makeup (green dots)’, 2021, acrylic on wood panel, 24 x 18 cm, acquis par le Musée ICA, Miami

C’est vraiment très mauvais. C’est du sous-sous-sous-sous-Monet/Manet. Parce que, tant Claude qu’Édouard ont déjà, de très longtemps, peint de cette manière, et encore, a minima. Or, ce qui, à l’époque, fut furieusement nouveau, avant-gardiste, peut-il encore le demeurer en 2021 ? On voit bien que la réponse ne peut être que négative. La question, alors, qui se pose, c’est “Pourquoi Tabouret peint-elle ainsi ?”. Sur le Résosocial d’où nous avons prélevé cette image, Tabouret s’est fendue d’un message, que je traduis, depuis son anglais : « Je ne crois pas que vous pouvez clouer une identité ou décrire quelqu’un dans une simple définition, je pense que chacun est très complexe, une multitude. J’ai toujours été attirée par la peinture parce que c’est un medium qui permet de représenter les gens d’une manière qui respecte aussi cette manière très complexe de traiter avec l’identité.» Alors, franchement, on se dit que Tabouret est fine philosophe. Quelle puissance de raisonnement ! C’est époustouflant ; ou bien épousse-toux-flan. Ça fait tousser les neurones. Bien évidemment que chacun est très complexe, nous ne sommes pas des vers de terre, ni des gastéropodes. Le petit speech peut-il sauver cette image ? Non. C’est mal peint, de bout en bout. Et le fait d’avoir titré “Maquillage (points verts)”, ne changera pas grand-chose à l’affaire. Quand bien même, soyons magnanimes, il s’agisse ici d’un rendu de maquillage, qui se maquillerait ainsi ? Une aveugle ? Une femme ivre ? Une folle ? Que sais-je. Non, ce n’est pas sérieux. Il est impossible de se raccrocher au postulat tabourétien. À moins… À moins qu’elle, Claire Tabouret, ne peigne que pour faire du business auprès de gogos américains qui ne connaissent absolument rien à la peinture, et encore moins à son histoire ; et il faut croire que, parmi ces gogos, on doive compter avec la direction de l’ICA (Miami), car, on l’aura compris, ce tableau est une croûte, et rien d’autre. Enfin ! Regardez ne serait-ce que la carnation. Cette bouche barbouillée, ces yeux injectés de vert, vert que l’on retrouve comme vert-de-gris dans les cheveux… Mais, j’y pense soudain : le sous-titre étant “point verts”, avons-nous là un clin-d’œil à Toroni qui, s’il continue, donnera à ces touches de pinceau n°50 cette allure de petits pois transgéniques ?

Plus profondément, je crois que l’art contemporain connaît, en partie, une espèce de régression ; il s’agit de repeindre comme on a peint, en faisant passer ces resucées et redites pour du nouveau, toujours. C’est régressif ; et assez angoissant, parce que cela favorise la propagation de l’ignorance et masque les artistes qui ne marchent pas dans la combine. En somme, c’est une sorte de populisme artistique, et, comme en politique, le populisme est gangréneux. À ce compte, Tabouret n’est pas seule, il y a du monde… On peut ainsi penser à JR et ses affreux trompe-l’œil, jadis dessinés à la craie souvent par de gentils zonards dans les rues piétonnes, et maintenant chez Perrotin. Perrotin ? C’est là aussi qu’est représentée Tabouret…

Léon Mychkine

Peut-on critiquer via des images ?